L’entreprise individuelle (EI) est la forme la plus simple pour se lancer : vous exercez votre activité en votre nom propre, sans créer de société ni de personne morale distincte. Pas de statuts à rédiger, pas de capital social à déposer, pas d’annonce légale à publier : une simple déclaration au guichet unique de l’INPI suffit. Depuis la réforme de 2022, l’entreprise individuelle bénéficie en outre d’un statut unique qui sépare automatiquement le patrimoine professionnel du patrimoine personnel. Ce guide fait le point sur la définition, la création, les régimes fiscal et social de l’EI, et les situations où il devient pertinent de basculer en société.
En bref
- L’entreprise individuelle permet d’exercer en nom propre, sans personne morale : c’est le statut le plus simple et le moins coûteux à créer.
- Depuis 2022, un statut unique s’applique : le patrimoine personnel de l’entrepreneur est, par principe, séparé de son patrimoine professionnel.
- La micro-entreprise n’est pas un statut distinct : c’est un régime fiscal et social simplifié de l’entreprise individuelle.
- Création par déclaration au guichet unique de l’INPI, avec immatriculation au Registre national des entreprises (RNE).
Qu’est-ce qu’une entreprise individuelle ?
L’entreprise individuelle est un mode d’exercice dans lequel une personne physique exploite une activité professionnelle en son nom propre. Contrairement à une société (SASU, EURL, SARL…), l’EI ne crée pas de personne morale : l’entreprise et l’entrepreneur ne font qu’un sur le plan juridique. Il n’y a donc ni statuts, ni capital social, ni organes de direction. L’entrepreneur individuel prend seul ses décisions, encaisse les recettes et déclare son résultat avec ses revenus. Cette simplicité explique que l’EI soit, de loin, la forme la plus utilisée par les créateurs d’entreprise en France, notamment sous le régime de la micro-entreprise.
Le statut unique d’entrepreneur individuel depuis 2022
La loi du 14 février 2022 en faveur de l’activité professionnelle indépendante a créé un statut unique d’entrepreneur individuel, applicable aux créations intervenues à compter du 15 mai 2022. Ce statut remplace l’ancienne distinction entre l’EI « classique » et l’EIRL (entreprise individuelle à responsabilité limitée) : il n’est en principe plus possible de créer une nouvelle EIRL, les EIRL existantes continuant de fonctionner selon leurs règles propres. Concrètement, tout entrepreneur individuel bénéficie désormais automatiquement d’une protection de son patrimoine personnel, sans démarche particulière ni déclaration d’affectation.
Patrimoine professionnel et personnel : une séparation automatique
C’est l’apport majeur de la réforme : le patrimoine de l’entrepreneur individuel est désormais scindé en deux. Le patrimoine professionnel regroupe les biens utiles à l’activité (matériel, stock, fonds de commerce, comptes bancaires professionnels…) ; le patrimoine personnel comprend tout le reste, dont la résidence principale. Par principe, les créanciers professionnels ne peuvent saisir que le patrimoine professionnel. Cette protection connaît toutefois des limites : l’entrepreneur peut y renoncer ponctuellement au profit d’un créancier (une banque, par exemple), et l’administration fiscale ou les organismes sociaux conservent des droits étendus en cas de manœuvres frauduleuses ou de manquements graves. La séparation n’est donc pas absolue, mais elle constitue un net progrès par rapport à la situation antérieure.
Qui peut créer une entreprise individuelle ?
Toute personne physique majeure (ou mineure émancipée) peut créer une entreprise individuelle, qu’elle soit commerçante, artisane, profession libérale ou agricultrice. Quelques conditions s’appliquent : ne pas être frappé d’une interdiction de gérer, et détenir les qualifications ou autorisations exigées pour les activités réglementées (bâtiment, coiffure, transport, professions de santé…). Les ressortissants étrangers hors Union européenne doivent disposer d’un titre de séjour autorisant l’exercice d’une activité indépendante. Un point important : on ne peut détenir qu’une seule entreprise individuelle à la fois, même si celle-ci peut regrouper plusieurs activités.
Entreprise individuelle et micro-entreprise : ne pas confondre
C’est l’une des confusions les plus répandues chez les créateurs. La micro-entreprise n’est pas un statut juridique distinct : c’est un régime fiscal et social simplifié qui s’applique à une entreprise individuelle (et, dans certains cas, à une EURL dont le gérant associé unique est une personne physique). Autrement dit, tout micro-entrepreneur (ou auto-entrepreneur) est un entrepreneur individuel ; mais tout entrepreneur individuel n’est pas micro-entrepreneur, puisqu’il peut relever du régime réel. Choisir « entre EI et micro-entreprise » n’a donc pas de sens : la vraie question est de choisir entre le régime micro et le régime réel au sein de l’entreprise individuelle.
Les avantages de l’entreprise individuelle
L’EI cumule plusieurs atouts pour démarrer une activité :
- Simplicité de création : une déclaration en ligne, sans statuts ni capital ni annonce légale ;
- Coût réduit : la formalité est gratuite ou peu coûteuse selon l’activité, à titre indicatif ;
- Gestion allégée : obligations comptables réduites, surtout au régime micro ;
- Protection du patrimoine personnel par le statut unique de 2022 ;
- Liberté de décision : pas d’assemblée, pas de formalisme entre associés.
Les limites à connaître
En contrepartie, l’entreprise individuelle présente des limites structurelles. Impossible d’accueillir un associé ou un investisseur au capital, puisqu’il n’y a pas de capital. La crédibilité auprès des banques et des grands donneurs d’ordre peut être moindre que celle d’une société. Au régime micro, les charges réelles ne sont pas déductibles, ce qui pénalise les activités à fortes dépenses. Enfin, la rémunération de l’entrepreneur est confondue avec le bénéfice : toute la performance de l’entreprise est imposée entre ses mains, sauf option pour l’impôt sur les sociétés. Ces limites expliquent que beaucoup d’entrepreneurs basculent en société lorsque l’activité se développe.
Comment créer une entreprise individuelle : les étapes
Depuis 2023, toutes les formalités de création passent par le guichet unique des formalités d’entreprises, opéré par l’INPI. La procédure se déroule entièrement en ligne :
- Créer un compte sur le site du guichet unique et remplir la déclaration de début d’activité (identité, adresse, nature de l’activité, options fiscales et sociales) ;
- Joindre les pièces justificatives demandées ;
- Valider et signer la déclaration en ligne ;
- Le dossier est transmis aux organismes compétents : INSEE (attribution du SIREN/SIRET), administration fiscale, Urssaf ou sécurité sociale des indépendants ;
- L’entreprise est immatriculée au Registre national des entreprises (RNE), et au registre du commerce et des sociétés pour les activités commerciales.
Vous pouvez réaliser cette démarche vous-même ou la déléguer : ApiLegal prend en charge l’ensemble des formalités de création et de modification d’entreprise, de la préparation du dossier au suivi de l’immatriculation.
Les documents à préparer
Le dossier de création d’une entreprise individuelle est léger. Prévoyez généralement : une pièce d’identité en cours de validité, un justificatif de domiciliation de l’activité (facture, attestation d’hébergement, bail…), une déclaration sur l’honneur de non-condamnation, et, pour les activités réglementées, le diplôme ou l’autorisation d’exercice. Certaines situations appellent des pièces complémentaires : autorisation du conjoint si des biens communs sont utilisés, titre de séjour pour les ressortissants étrangers, ou déclaration d’insaisissabilité notariée si vous souhaitez protéger d’autres biens immobiliers que la résidence principale.
Combien coûte la création d’une entreprise individuelle ?
C’est l’un des grands atouts de l’EI : la création est gratuite ou peu coûteuse, à titre indicatif et sous réserve des tarifs en vigueur. La déclaration d’un micro-entrepreneur est en principe gratuite ; l’immatriculation d’une activité commerciale ou artisanale peut entraîner des frais de registre de quelques dizaines d’euros au plus. Aucune annonce légale n’est requise, contrairement aux sociétés, et il n’y a pas de capital à déposer. Les coûts réels à anticiper sont ailleurs : assurance responsabilité civile professionnelle, compte bancaire dédié (obligatoire au-delà d’un certain chiffre d’affaires pour les micro-entrepreneurs), et éventuel accompagnement comptable.
Quel régime fiscal : micro-BIC, micro-BNC ou régime réel ?
Par défaut, le bénéfice de l’entreprise individuelle est imposé à l’impôt sur le revenu, dans la catégorie des BIC (activités commerciales et artisanales) ou des BNC (professions libérales). Deux modes de calcul coexistent. Au régime micro, l’administration applique un abattement forfaitaire sur le chiffre d’affaires : de l’ordre de 71 % pour les ventes de marchandises, 50 % pour les prestations de services BIC et 34 % pour les BNC, à titre indicatif. Aucune charge réelle n’est déduite. Au régime réel (ou déclaration contrôlée pour les BNC), le bénéfice imposable est calculé en déduisant les charges effectives : achats, loyers, amortissements, cotisations… Le réel devient intéressant dès que vos charges dépassent l’abattement forfaitaire. Un cabinet d’expertise comptable comme notre partenaire Dinergie peut simuler les deux options et vous aider à choisir le régime le plus avantageux.
L’option pour l’impôt sur les sociétés
Depuis la réforme de 2022, l’entrepreneur individuel au régime réel peut, sous conditions, opter pour son assimilation à une EURL, ce qui entraîne l’assujettissement à l’impôt sur les sociétés. Le bénéfice est alors imposé au niveau de l’entreprise, et l’entrepreneur n’est personnellement imposé que sur les rémunérations et dividendes qu’il se verse. Cette option peut être pertinente lorsque l’activité dégage un bénéfice nettement supérieur aux besoins de l’entrepreneur, car elle permet de lisser l’imposition et de réinvestir à moindre coût fiscal. Attention : l’option est encadrée et sa révocation limitée dans le temps ; elle mérite d’être étudiée avec un professionnel du chiffre avant toute décision.
Le régime social : travailleur non salarié (TNS)
L’entrepreneur individuel relève du régime des travailleurs non salariés et est affilié à la sécurité sociale des indépendants, gérée par l’Urssaf et l’Assurance maladie. Au régime réel, les cotisations sociales sont calculées sur le bénéfice ; au régime micro, elles correspondent à un pourcentage du chiffre d’affaires encaissé, variable selon la nature de l’activité, prélevé au fil des déclarations mensuelles ou trimestrielles. La protection sociale couvre la maladie, la maternité, la retraite et les allocations familiales, mais pas l’assurance chômage : l’entrepreneur qui veut se couvrir contre la perte d’activité doit souscrire une assurance privée. Les cotisations TNS sont globalement plus faibles que celles d’un dirigeant assimilé salarié (président de SASU), au prix d’une couverture moindre, notamment pour la retraite.
Les plafonds du régime micro
Le régime micro s’applique tant que le chiffre d’affaires annuel ne dépasse pas certains seuils, révisés périodiquement. À titre indicatif et sous réserve de la réglementation en vigueur, ils sont de l’ordre de 188 000 € pour les activités de vente de marchandises et d’hébergement, et de l’ordre de 77 000 € pour les prestations de services et les professions libérales. En cas de dépassement sur deux années consécutives, l’entreprise bascule au régime réel. S’ajoutent les seuils de la franchise en base de TVA, plus bas, au-delà desquels l’entrepreneur doit facturer la TVA même s’il reste au régime micro pour l’impôt. Surveiller ces plafonds est essentiel : leur franchissement change les obligations déclaratives et la politique de prix.
EI, EURL ou SASU : quel statut choisir ?
Lorsque le projet prend de l’ampleur, la question de la société se pose. L’EURL et la SASU permettent toutes deux d’exercer seul, mais avec une personne morale distincte, un capital et des statuts. Le tableau ci-dessous compare les trois options :
| Critère | Entreprise individuelle | EURL | SASU |
|---|---|---|---|
| Personne morale | Non (nom propre) | Oui | Oui |
| Création | Déclaration simple, gratuite ou peu coûteuse | Statuts + capital + annonce légale | Statuts + capital + annonce légale |
| Fiscalité par défaut | IR (option IS possible via assimilation EURL) | IR (option IS) | IS (option IR temporaire) |
| Régime social du dirigeant | TNS | TNS (gérant associé unique) | Assimilé salarié |
| Accueil d’associés | Impossible | Oui (passage en SARL) | Oui (passage en SAS) |
| Régime micro possible | Oui | Sous conditions | Non |
Tableau donné à titre indicatif, sous réserve de la réglementation et des tarifs en vigueur.
Pour un panorama complet des critères de choix, consultez notre guide quel statut juridique choisir pour son entreprise.
Quand basculer de l’entreprise individuelle vers une société ?
Plusieurs signaux indiquent qu’il est temps d’envisager la société : un bénéfice durablement supérieur à vos besoins de rémunération (l’IS devient attractif), l’arrivée d’un associé ou d’un investisseur, un besoin de crédibilité renforcée auprès des banques, ou la volonté de préparer la transmission de l’entreprise. Prenons un exemple illustratif : une consultante en EI au régime réel dégage 90 000 € de bénéfice annuel mais n’a besoin que de 45 000 € pour vivre. En société à l’IS, la part non prélevée serait imposée au taux de l’impôt sur les sociétés et pourrait être réinvestie ; en EI à l’IR, tout le bénéfice est imposé immédiatement entre ses mains. Avant de trancher, un prévisionnel chiffré s’impose : notre partenaire PrévisionnelPro accompagne les créateurs dans la construction de leur business plan et la comparaison des scénarios.
Transformer son EI : l’apport du fonds à une société
Juridiquement, on ne « transforme » pas une entreprise individuelle en société, puisqu’il n’existe pas de personne morale à faire évoluer. En pratique, l’opération consiste à créer une société puis à lui transférer l’activité, le plus souvent par apport du fonds de commerce (ou de la clientèle) au capital, parfois par cession. L’apport en nature suppose une évaluation des éléments transférés et, selon les cas, l’intervention d’un commissaire aux apports chargé d’en apprécier la valeur — une mission qu’assure notre partenaire Paris Ouest Audit. Des régimes fiscaux de faveur peuvent, sous conditions, permettre de reporter l’imposition des plus-values constatées lors de l’apport. L’opération mérite d’être préparée avec soin : évaluation, fiscalité, sort des contrats en cours et information des créanciers.
Cesser son activité d’entrepreneur individuel
La cessation d’activité d’une entreprise individuelle est aussi simple que sa création : une déclaration de cessation au guichet unique de l’INPI, en principe dans les trente jours suivant la fin de l’activité. L’entreprise est alors radiée du RNE et des registres concernés. Restent quelques obligations de clôture : déclarer le dernier chiffre d’affaires ou le bénéfice de l’exercice en cours, régulariser la TVA le cas échéant, solder les cotisations sociales et payer la contribution économique territoriale au prorata. Contrairement à une société, il n’y a ni dissolution ni liquidation à organiser, ce qui rend la sortie rapide et peu coûteuse.
Les erreurs fréquentes à éviter
Certaines erreurs reviennent régulièrement chez les entrepreneurs individuels :
- Confondre micro-entreprise et statut juridique, et croire qu’on « passe de la micro à l’EI » alors qu’on change seulement de régime ;
- Rester au régime micro par habitude alors que les charges réelles dépassent l’abattement forfaitaire ;
- Négliger la franchise de TVA et découvrir trop tard qu’il fallait facturer la TVA ;
- Mélanger les comptes bancaires personnel et professionnel, ce qui fragilise la séparation des patrimoines ;
- Signer une renonciation à la protection du patrimoine sans en mesurer la portée ;
- Oublier les assurances professionnelles obligatoires dans certains secteurs (décennale, RC pro…).
Questions fréquentes
L’entreprise individuelle protège-t-elle vraiment ma maison ?
Par principe, oui : depuis le statut unique de 2022, le patrimoine personnel — dont la résidence principale, déjà insaisissable auparavant — est séparé du patrimoine professionnel et échappe aux créanciers professionnels. Cette protection cède toutefois en cas de renonciation consentie à un créancier, de fraude ou de manquements graves aux obligations fiscales et sociales.
Peut-on embaucher des salariés en entreprise individuelle ?
Oui, l’entrepreneur individuel peut recruter des salariés sans limite de nombre, y compris au régime micro. Il doit alors accomplir les formalités d’employeur classiques : déclaration préalable à l’embauche, contrat de travail, bulletins de paie et déclarations sociales.
Peut-on cumuler entreprise individuelle et salariat ?
Le cumul est possible dans la plupart des cas, sous réserve de la loyauté envers l’employeur et d’éventuelles clauses d’exclusivité ou de non-concurrence du contrat de travail. Certaines professions (fonctionnaires notamment) obéissent à des règles de cumul spécifiques.
L’EIRL existe-t-elle encore ?
Il n’est en principe plus possible de créer une EIRL depuis la réforme de 2022, le statut unique d’entrepreneur individuel ayant repris l’essentiel de ses avantages. Les EIRL créées avant la réforme continuent en revanche de fonctionner selon leurs règles propres.
Combien de temps prend la création d’une entreprise individuelle ?
La déclaration en ligne se remplit en une heure environ si le dossier est complet. L’attribution du SIRET intervient généralement sous une à trois semaines selon les organismes, à titre indicatif. L’activité peut, dans la plupart des cas, démarrer dès la déclaration effectuée.
En résumé
L’entreprise individuelle reste la porte d’entrée idéale vers l’entrepreneuriat : création rapide et quasi gratuite au guichet unique de l’INPI, patrimoine personnel protégé par le statut unique de 2022, choix entre régime micro simplifié et régime réel, avec même une option possible pour l’impôt sur les sociétés. Ses limites — impossibilité d’accueillir des associés, confusion entre bénéfice et rémunération — se révèlent surtout quand l’activité décolle, moment où l’EURL ou la SASU prennent le relais. Confiez votre formalité à ApiLegal : de la déclaration de début d’activité à l’apport de votre fonds en société, notre équipe prend en charge votre dossier de A à Z.
Cet article présente des informations générales sur les formalités juridiques ; il ne constitue pas une consultation juridique. ApiLegal n’est pas un cabinet d’avocats.
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